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L’Ascension : un évènement et une fête qui embarrassent

Publié le par Patrice DUNOIS-CANETTE

Dans cette tribune, Patrice DUNOIS-CANETTE nous interroge sur la symbolique de l'Ascension en exprimant son propre embarras par rapport à cette fête. Vous n'êtes pas d'accord avec lui ? Réagissez dans les commentaires.

Tradition tardive rajoutée dans les écrits du Nouveau Testament, mythologie, fiction, emprunt à la tradition populaire des assomptions de Moïse, d'Énoch ou d'Isaïe, ou encore à d'autres récits édifiants mettant en scène l'élévation de personnages illustres de la mythologie gréco-romaine, comme Romulus, Hercule ou Médée, voire des apothéoses d'empereurs romains, dans une démarche et un récit qui tendent à historiciser le phénomène d'élévation de Jésus...

L’Ascension a fait l’objet de multiples interprétations et demeure, de tous les épisodes évangéliques, celui dont le statut théologique est le moins clair. Elle ne semble pas en tout cas beaucoup retenir les prédicateurs, et pas davantage les fidèles. Ce qui de fait témoigne d’un certain embarras à l’égard de ce mystère. La résurrection pourtant n’est pas le dernier acte du mystère de la rédemption de l’Homme. Pourquoi donc les Écritures nous rapportent-elles que le corps du Christ est exalté le jour de l’Ascension, et pourquoi cet évènement se produit-il quarante jours après la résurrection ? Rappelons simplement, ici, que les chrétiens se souviennent ce jeudi d'un jour bien particulier : celui où Jésus a quitté, selon leur foi, la compagnie de ses disciples pour rejoindre Dieu le père.

Constatons d’abord que ce nombre revient sans cesse tout au long de l'Ancien et du Nouveau Testament. Sans prétendre à l’exhaustivité notons que :

- Moïse, dont la vie se découpe en trois périodes de quarante ans, jeûne quarante jours : il « monte » sur le Sinaï où il passe quarante jours ;

- Élie marche quarante jours et quarante nuits vers la montagne de Dieu, l'Horeb (1 Rois 19,6-8).

- le peuple hébreu conduit par Moïse et son frère Aaron, quitte le pays de Pharaon après quatre siècles d'esclavage, passe quarante ans avant d’entrer dans la « Terre promise » et purifier en quelque sorte, de retrouver totalement son Dieu. C'est d'ailleurs à ce moment que Moïse reçoit de Dieu la Torah selon la tradition. 

Pour les Évangiles, outre les quarante jours séparant Pâques de l'Ascension, on se souvient des quarante jours passés par Jésus dans le désert confronté à Satan.

Quatre siècles, quarante ans, quarante jours : pour les juifs du temps de Jésus pas besoin de longs discours, le chiffre quarante parle. Incontestablement le terme « quarante » de l’Ascension renvoie aux autres « quarante ». Il est une clé pour comprendre cette période intermédiaire de quarante jours entre la Résurrection et l’élévation vers le Père de Jésus. En fait si pour raconter dans les Évangiles de Marc et surtout de Luc, les juifs qui suivent Jésus, reprennent ce chiffre symbolique de quarante, c’est parce qu’immédiatement Il représente la durée de l'histoire de l'humanité, la durée d'une existence humaine.

Noé affronte pendant quarante jours les eaux mortelles de l'abîme primitif. Nouvelle naissance, nouvelle création. Nous allons vers un univers en alliance parfaite avec Dieu. Les nuages, menace de nouvelles pluies diluviennes, seront tenus en respect par l'arc de lumière qui signale l'alliance de Dieu avec tous les vivants. La réalité que figure l'arc n'est-elle pas encore à venir, alors que nous cheminons toujours sur les eaux du néant ? Pour les Hébreux, quarante ans au désert. Au bout de la route, la terre promise. Une patrie qui fuit à l'horizon à mesure qu'on s'en approche, dans l'attente de la «patrie meilleure» dont parle Hébreux 11,13-16. Pour Jésus, quarante jours au désert, soumis à la faim et à la soif et en proie à la tentation du pouvoir et de la puissance. Cette tentation ne l'accompagnera-t-elle pas toute sa vie, alors qu'au dernier jour il demandera au Père de lui épargner le calice qu'il doit boire ?

Dans les Écritures ces quarante siècles, années, jours n'ont rien d'un âge sombre : « C'est un temps plein, de maturité, dans la mémoire d'Israël », soutient le bibliste et théologien Daniel MARGUERAT. Et les juifs qui embrassent plus tard le message de Jésus s’en souviennent. Ils évoquent quarante jours de manifestation du ressuscité devant ses disciples : un temps utile, nécessaire « pour se convaincre que Dieu était solidaire de Jésus », poursuit le professeur. Quarante jours pour que la conviction que la mort n'a pas englouti Jésus, s’affirme. Quarante jours qui rappellent en accéléré quatre siècles, quarante années. La symbolique du nombre « est plus importante que la durée chronométrique. C'est elle qui fait foi ». Quarante jours : le temps qui sépare Pâques de l’Ascension ne pourrait-il pas être celui du de la redécouverte de l’immense nouvelle que la mort a été vaincue et des conséquences inouïes de l’évènement ?

Reste à explorer ce que dit et fait du Christ cette ascension, cette montée mystérieuse quarante jours après la résurrection.

A partir du moment où l’on distingue Résurrection et Ascension, si on veut quitter l’embarras dans laquelle cette « montée » nous met quelle théologie de l’Ascension faire.

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Tribune : une « année des familles » plutôt qu’une « année de la famille » ? Pourquoi pas.

Publié le par Patrice DUNOIS-CANETTE

Cette tribune nous est proposée par Patrice DUNOIS-CANETTE.

Vous souhaitez réagir ? Les commentaires vous sont ouverts en bas d'article.

 

Ils ne savent pas et ne sauront jamais avoir une parole publique qui dit tout le bon, le beau, l’heureux, la joie de ce que vivent celles et ceux qui ne vivent pas selon les normes qu’ils défendent. Ce bon, ce beau, cet heureux, ne parait être un horizon, une possible réalité que pour celles et ceux qui suivent son enseignement, conduisent leur vie selon la loi qu’elle affirme naturelle et divine, sont engagés dans des relations conformes à ses prescriptions.

L’année de la famille qui s’est ouverte en mars démentira-t-elle ce constat ? On voudrait l’espérer. On voudrait le croire. Mais la Congrégation pour la doctrine de la foi vient de réaffirmer que l’homosexualité est un « péché » et de redire l’impossibilité, pour l’Eglise, de bénir des unions de personnes de même sexe. « Seules les réalités qui sont en elles-mêmes ordonnées à servir (les) plans (de Dieu) sont compatibles avec l’essence de la bénédiction donnée par l’Eglise … Dieu ne bénit pas le péché ». Et en France, le silence assourdissant des évêques et des théologiens français quand d’autres protestent (1), afflige et n’est guère encourageant.

Peut-on dès lors espérer malgré tout une « année de la famille » qui soit une « année de toutes les familles » : familles homoparentales, familles monoparentales, familles recomposées ? ...

L’Église n’a-t-elle pas les ressources nécessaires pour accueillir toutes les familles, autrement que de manière condescendante et culpabilisante ?

Est-il impensable qu’elle puisse se présenter autrement que comme un juge décidant, en absence de tout avocat de la défense, de sanctions et « pénitences » qu’il sait intenables ? Ne peut-elle pas quitter cette posture de « brigade des mœurs» qui ouvre et ferme les yeux quand ça lui chante ?

Est-il impossible qu’elle renonce à « infaillibiliser » ses déterminations morales comme si elles étaient des vérités de foi ? Est-il inimaginable qu’elle fasse de cette année de la famille « offertoire » des histoires concrètes des familles, de toutes familles, et pas seulement de la famille « un papa, une maman, un enfant » ? Ces familles là ne peuvent-elles pas, elles aussi, vivre l’écoute, l’attention, l’apprivoisement, le pardon mutuel, l’oubli de soi et le don de soi, la fidélité et la volonté de se réajuster sans cesse pour poursuivre longtemps ?

Et pourquoi cette année voulue par le Pape François, ne célébrerait-elle pas les couples, tous les couples qui savent que la tendresse passe aussi par la chair et que la chair peut être don, offrande, confidence, révélation, ouverture, façonnement de l’autre, confiance en la vie ?

Célébrer les familles, toutes les familles, cette année de la famille, ce serait dire à toutes et tous, proches, éloignés du catholicisme, indifférents, critiques, hostiles, ou partageant d’autres visions de la vie, que Dieu n’est pas le contre-maître sévère de l’exécution d’un « programme » de vie, n’est pas l’éternel objecteur, contradicteur, contempteur des manières de vivre, d’aimer, de se projeter, de s’inventer de nos contemporains . Ce serait dire que surtout que Dieu s’enrichit peut-être de l’histoire des femmes et des hommes pour mieux lui ouvrir un avenir.

Mais pour célébrer toutes les familles, mais aussi toutes les sexualités quand elles sont rencontres, lieux de surabondance de vie, apprivoisements, dépassements, l’année de toutes les familles serait bien inspirée de changer son rapport aux divorcés-remariés et de leur possibilité ou non d’accéder à la communion. Tout simplement, parce que si cette question ne concerne que des catholiques fidèles, elle a incontestablement, pour reprendre l’expression du cardinal Schönborn, un « caractère emblématique ». Si l’Église bougeait enfin sur cette question, d’autres dossiers aujourd’hui verrouillés, pourraient être ouverts.

Il faudra bien que l’Église consente à un réexamen de l’enseignement de Paul VI, de Jean-Paul II et de Benoît XV sur les normes morales auxquelles, quelles que soient les circonstances, on ne peut « moralement » déroger, sur les « actes intrinsèquement mauvais » qui sont « péchés mortels, » sur la conscience qui en aucune circonstance n’a le droit de faire exception à ces normes morales, sur « la loi naturelle »… 

Il lui faudra aussi revenir sur la légitimité d’une certaine « infaillibilisation » de l’enseignement du magistère pontifical.

Il faudra bien qu’elle accepte d’interroger l’anthropologie culturelle qui sous-tend les positions qu’elle défend. Il lui faudra se tourner vers les sciences sociales et biologiques pour mieux comprendre les pratiques effectives, le sexe, le désir, le couple, la procréation.

Il lui faudra encourager la confrontation, le dialogue entre la doctrine et l’expérience de tous les laïcs et pas seulement des couples choisis pour être auditionnés par les pères synodaux...

Il lui faudra inviter à une certaine prudence sur l’utilisation de l’argument scripturaire, le recours aux références bibliques et aux paroles de Jésus sorties de leur contexte, la valorisation de modèles de la femme ou de la famille qui ont fait les beaux jours d’hier pour asseoir des certitudes théologiques et doctrinales et prescrire des conduites . 

Il lui faudra, en un mot, interroger sa doctrine. Les accommodements et subterfuges pastoraux ne satisfont personne, ni les partisans du non négociable, ni les promoteurs, plus ou moins discrets, de la miséricorde pastorale.

Maintenir le statu quo sur la question de l’accès des divorcés remariés à la communion, c’est maintenir le statu quo sur d’autres questions problématiques, c’est s’empêcher d’ouvrir une année de toutes les familles Les plus conservateurs l’ont bien compris.

Mars 2021

(1) https://www.cathobel.be/2021/03/opinion-le-veritable-synode-veut-il-se-lever/

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